[FESTIVAL’COOL] HIP OPsession : Interview de Miss Veneno

Cette année, le festival HIP OPsession a invité de nombreux artistes particulièrement talentueux.  Miss Veneno ne déroge pas à la règle, et nous invite à découvrir son univers ainsi que ses œuvres au QG pendant toute la durée du festival.

Elle a en effet collaboré avec CNN199, un collectif belge, pour monter l’exposition de cette treizième édition : Cent Nonante Neuf, que je vous conseille fortement. Pour plus d’informations, je vous incite à lire l’article dédié à l’exposition.

Je vous propose de découvrir cette street-artiste, nantaise depuis quelques années, qui a accepté de répondre à mes questions :

Pour les artistes en général, et dans le milieu hip-hop en particulier, le choix du nom de scène est quelque chose de primordial. Le tiens est Veneno : que signifie-t-il ?

L’espagnol est une langue que j’affectionne depuis toujours, donc c’est tout naturellement que j’ai opté pour un « blaze » en espagnol. 

Veneno signifie « Venin ». L’idée du Venin qui se propage dans les veines comme les graffitis et tags dans les rues me parle. C’est une image qui à mon sens est forte.

Le hip-hop est souvent considéré comme réservé aux jeunes, bien qu’il tende de plus en plus à s’ouvrir à tous les publics. Quel a été ton premier contact avec cette culture et quel âge avais-tu ?

Je pense que cette culture est intergénérationnelle. Pas seulement réservée aux jeunes. La culture du Hip Hop arrive en France dans les années 80, environ dix ans après son apparition aux États-Unis. Donc elle se constitue au jour d’aujourd’hui d’une ancienne et d’une nouvelle génération tout aussi riches l’une que l’autre.

De mon côté, la première approche que j’ai eu avec cette culture s’est faite par la discipline du graffiti assez jeune. J’observai les graffitis de la scène parisienne dès l’âge de 12, 13 ans lorsque je montais pour y voir ma famille. 

À 14 ans j’ai acheté mon premier livre sur le graffiti. Il s’agissait du fameux « KAPITAL» que beaucoup ont pu avoir entre les mains. Un recueil d’un an de graffiti à Paris.

L’un de tes moyens d’expression est le graffiti. Quand et comment as-tu découvert cette discipline, et pour quelle raison as-tu décidé de te tourner vers elle ?

Comme je le disais juste au-dessus, j’ai découvert cette discipline vers 12, 13 ans. Mais je ne m’y suis mise sérieusement qu’en 2006, à l’époque où j’habitais sur Toulouse. C’est là que j’ai fais mes premières vraies connexions avec la peinture.

C’est une discipline entière avec ses codes, ses familles, ses névroses… J’aime aussi bien voir un gros tag au fatcap ou à l’extincteur sur un bâtiment, un beau lettrage sur un train, qu’une belle fresque dans un terrain. Tout est lié et c’est ça qui rend le graffiti intéressant je trouve. Tellement de styles différents à travers le monde, suivant les cultures, les influences. C’est pour moi un moyen d’expression, un défouloir.

Tu détournes des objets de la culture hip-hop, mais d’une manière assez particulière, puisque tu utilises la technique du crochet. Cette pratique pourrait sembler, de prime abord, bien loin du graffiti. Comment as-tu eu l’idée de relier ces deux exercices ?

C’est justement ce décalage que j’ai trouvé intéressant. Le fait de pouvoir allier une vieille technique (qui est celle du crochet) avec le côté dirty du graffiti. La première réaction chez les gens qui découvrent mon travail au crochet est de se marrer et j’avoue aimer ça ! C’est une manière pour moi aussi d’adoucir le côté un peu trash de ce milieu.

Comment t’y prends-tu pour réaliser une œuvre au crochet ?

Je trouve dans un premier temps l’objet que je vais recouvrir, (chaussure, spray, pince monseigneur, pied de biche, platine etc…) puis j’attaque le recouvrement en épousant les forme et en respectant les lignes. Puis s’il y a de la typo à ajouter, je me fais un patron avec une feuille de Rhodoïd acétate (film transparent) que je reproduis sur de la feutrine avant de la découper et de la coller sur mon objet. Ça prend énormément de temps mais j’aime me prendre la tête !

Combien de temps mets-tu pour réaliser une œuvre, que ce soit en graffiti ou au crochet, de la conception à la réalisation ?

J’avoue ne jamais calculer le temps passer sur mes créas mais pour donner un ordre d’idée : la dernière bombe au crochet réalisée avec le logo CNN199 pour l’expo  » CENT NONANTE NEUF » est un travail d’environs 4 heures. En ce qui concerne la partie graff, tout dépend du sujet mais la plupart du temps c’est une journée de travail voir deux parfois.

De nombreux artistes du milieu hip-hop se revendiquent engagés, et dénoncent ou défendent des causes dans leur œuvres, alors que d’autres le font uniquement pour la beauté de l’art. Quel message souhaites-tu faire passer à travers tes œuvres ?

Je ne souhaite pas forcément faire passer de message en particulier à travers ma peinture si ce n’est que l’art est ouvert à tous et pour tous. Le fait de peindre dans la rue est pour moi un moyen de rendre cet art accessible à toutes les classes sociales et toutes générations. Pas besoin de se rendre dans une galerie où certaines personnes ne se sentiront pas à leur place… C’est ce côté là que j’aime.

Certaines de tes œuvres sont visibles au QG pendant toute la durée du festival. Comment as-tu choisis celles que tu allais exposer ? Et comment s’est passée la mise en place de l’exposition Cent Nonante Neuf avec le collectif CNN199 ?

Le choix s’est fait en parlant avec les membres du crew. Puis il y avait des créas qui me paraissaient évidentes d’exposer, comme les bombes de peinture au crochet (la Belton et la dernière avec le logo du crew CNN199), la pince monseigneur et le pied de biche pour rappeler le côté vandale du graffiti (qui d’ailleurs fonctionnent très bien avec le travail de Polux qui expose une batte de baseball, peinte façon porcelaine ).

Et ma série de linogravures, qui est en quelque sorte une rétrospective de mon voyage au Mexique et qui représente une partie de mon travail actuel.

La mise en place s’est faite ensemble, suivant les œuvres que chacun souhaitait exposer et la place qui leur convenait le mieux. Chacun a pu exposer une ou plusieurs œuvres. On y retrouve un peu la personnalité de chacun, entre calligraphies, sculptures, toiles style « Geometric Writer », photographies, art figuratif et impressionnisme, détournements au crochet, linogavures…

Dans le cadre de l’exposition, le QG a été investi et ses murs ont été recouverts, à l’intérieur comme à l’extérieur, de graffiti. Ce n’est pas la première fois que les arts de la rue s’invitent intra-muros, mais n’est-on pas en train, par cette pratique, de tenter de pérenniser cet art ? Selon toi, le graffiti a-t-il sa place dans les musées, ou doit-il rester dans la rue, où il est né ?

Il doit à mon sens rester dans la rue ET être exposer. A l’inverse de ce que disent certains puristes et de ce que j’ai pu penser à une époque, je trouve que ce mouvement s’est assez battu pour faire parler de lui et sortir de l’ombre. Le fait que des lieux soient aujourd’hui mis à disposition pour exposer le travail des artistes de cette discipline qu’est le graffiti est une bonne chose tant qu’il est bien utilisé. Car oui, il y a aussi des reprises purement commercial du graffiti, que je ne cautionne pas, et qui sont faites par de grandes marques qui dénaturalisent cet art. Mais quoi qu’il en soit, c’est important de garder l’esprit de la rue. Le côté sauvage et spontané, heureusement, n’est pas prêt de disparaître !

Merci à Miss Veneno d’avoir répondu à mes questions. Si son travail vous intéresse, je vous invite à la suivre sur sa page facebook, à consulter son blog sur lequel elle poste des photos de ses œuvres, et si vous en avez la possibilité de vous rendre au QG du festival HIP OPsession avant le 4 mars pour y découvrir l’exposition Cent Nonante Neuf.

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